MADAGASCAR : "Bis repetita no placent. " - AUTEUR : T.Andrian 01/04/09

Une histoire à répétition…  De Ratsiraka à Zafy…

 

 

Un bref retour en arrière pourrait permettre de mieux comprendre la situation actuelle…

si on remontait le temps jusqu’en 1991, dix-huit ans en arrière donc.

 

 

 Lorsque la « révolution douce » des Forces Vives défia le régime autoritaire et corrompu du Président Didier Ratsiraka après que celui-ci ait passé 18 ans (le hasard fait bien les choses) au pouvoir, et après avoir été élu une première fois en 1975, puis réélu trois fois par la suite en 1982, 1989, et 1997, Madagascar entre dans une nouvelle phase de sa vie politique.

La Démocratie tant espérée et tant attendue se mettait progressivement en place, jetant aux abysses les pratiques autoritaires et despotiques de l’Amiral Rouge.

Il est à rappeler que tout au long du conflit qui opposa le régime du Président Ratsiraka et les Forces Vives, le pays fut paralysé par les manifestations quotidiennes de l’opposition accompagnés par une grève générale illimitée, par la mise en place de barrages érigés par les militants des deux bords, le sabotage des moyens de communication que ce soit les infrastructures routières ou la télévision et/ou radio, sans compter le couvre-feu dans les principales villes du pays.

L’opposition réussit progressivement à paralyser la machine administrative dans tous le pays, et nomma son gouvernement insurrectionnel, procédant à la prise des ministères pour y installer leurs nouveaux ministres. Dans le camp d’en face, la stratégie de la sécession fut prônée par les partisans du Président Ratsiraka dans le but d’isoler Antananarivo, d’où la contestation est partie.

Les cinq autres provinces demandèrent à devenir des « Etats Fédérés ». Dans ses provinces, un face à face permanent opposa les « pro-Forces Vives » et les « pro-Fédéralisme », parfois dans la violence. La tension atteignit un pic le 10 Août 1991 lorsque les dirigeants de l’opposition, avec à leur tête le Pr Albert Zafy  décidèrent de marcher sur le Palais présidentiel d’Iavoloha  où résidait le Président Didier Ratsiraka. La « Marche de la Liberté » fut réprimée par le Régiment de la Sécurité Présidentielle et finit dans un bain de sang innommable faisant des dizaines de morts,  des centaines de blessés et autant de disparus. Ce massacre provoqua et accéléra l’éviction du Président Didier Ratsiraka pendant près de 6 ans.

A la suite de la « Convention du Panorama », un accord a été trouvé et signé entre les deux camps afin de mettre fin à la crise politique, et il a été décidé de préparer une nouvelle Constitution qui sera soumise par référendum et de la mise en place d’une Haute Autorité de l’Etat (HAE), qui devient dès lors l’Institution Suprême de Madagascar. Le 31 octobre 1991, le Pr Albert Zafy est nommé de manière consensuelle par toutes les forces politiques, Président de la HAE pour une période de 18 mois, et Gui Willy Razanamasy  Premier Ministre de Transition, héritant de l’essentiel des pouvoirs de l’ancien Président de la République. Près de 9 mois plus tard, en août 1992, la nouvelle Constitution fut adoptée par référendum, Madagascar entra officiellement dans la Troisième République. L’année suivante, lors des élections présidentielles de 1993, Zafy Albert fut élu premier Président de la IIIe République de Madagascar face à Didier Ratsiraka.

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La présidence d’Albert Zafy fut marquée par multiples maladresses politiques, voire même d’amateurisme, mais surtout, elle fut gagnée par la corruption, et déçût bon nombre de ses anciens électeurs.

 En septembre 1995, il fut procédé à l’adoption par référendum d’une modification constitutionnelle permettant au chef de l’Etat de choisir son Premier Ministre. En mai 1996, le Premier Ministre et son gouvernement sont déposés par le parlement à la suite de l’échec d’un vote de confiance, Norbert Ratsirahonana  alors Président de la Haute Cour Constitutionnelle est nommé à ce poste. Trois mois plus tard, la Haute Cour Constitutionnelle destitue le Président Albert Zafy de ses fonctions à la suite d’un empêchement voté en juillet par l’Assemblée Nationale, et nomme Norbert Ratsirahonana Président par intérim. Environ trois mois plus tard, au 2ème tour des élections présidentielles de nov.-dec. 1996, Didier Ratsiraka fur re-élu Président de la République. S’ensuivent alors plusieurs réformes donc une portant sur la révision de la Constitution, et qui fut adoptée par une faible majorité.

Au cours de l’année 2001, la grogne se fait sentir et progressivement Didier Ratsiraka redevient impopulaire. Lors des élections présidentielles de décembre 2001, Marc Ravalomanana  remporte les suffrages avec près de 52% contre son rival Didier Ratsiraka, mais ce dernier refusa de reconnaître les résultats des élections et s’accrocha au pouvoir. Dès lors, deux camps s’opposèrent à nouveau, avec d’un côté les pro-Ravalomanana, et de l’autre les pro-Ratsiraka. Malgré que la Haute Cour Constitutionnel siégeant en audience solennelle ait déclarée Marc Ravalomanana élu au premier tour avec plus de 51% des suffrages et un peu moins de 36% au président sortant, sans compter sur un Didier Ratsiraka qui va s’accrocher au pouvoir et utiliser toutes les armes possibles, au sens propre comme au figuré, pour garder son poste.

Des mois de conflits plongèrent de nouveau Madagascar dans une situation politique mais aussi économique chaotique. Didier Ratsiraka et ses partisans semèrent la terreur dans les provinces, prônant la chasse aux natifs des hauts-plateaux et à ses opposants, et la destruction des infrastructures (démontage et dynamitage de ponts, …) une fois de plus afin d’isoler la capitale. Le 22 février 2002, Marc Ravalomanana s’autoproclame Président de la République. Le 28 février, le Président Didier Ratsiraka décréta la loi martiale et confia ses pouvoirs au gouverneur militaire nouvellement nommé, le général Léon-Claude Raveloarison. Le décret de proclamation de la loi partiale n’affecta aucunement Marc Ravalomanana et ses partisans, et ne fit que renforcer leur engouement. Le 2 mars, le gouvernement insurrectionnel de Marc Ravalomanana fut présenté Place du 13 Mai à des dizaines de milliers de partisans avec Jacques Sylla  comme Premier Ministre. Les actions de Didier Ratsiraka, qui entre-temps s’est replié dans son fief sur la côte est du pays, à Toamasina (Tamatave), avaient pour objectif l’asphyxie économique de la capitale, en renforçant les barrages routiers un peu partout dans les provinces de l’île, empêchant ainsi tout ravitaillement d’Antananarivo. Les gouverneurs de cinq autres provinces désignèrent même Toamasina comme nouvelle capitale « temporaire » de Madagascar. Une opposition historique a toujours existé entre les peuples des hauts-plateaux et ceux des côtes, et cette annonce ne fit que raviver les craintes de conflits ethniques, voire de guerre civile qui aurait mené à une partition de l’île. Ravalomanana avec son fort soutien populaire, finit par faire plier Didier Ratsiraka qui quitta finalement Madagascar en juillet 2002 pour s’exiler à Paris.

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 Pour la suite de ce voyage dans l’Histoire de Madagascar, je reprendrai des extraits d’un article paru sur la toile,  et décrivant assez bien la situation et le contexte à considérer.

« Comme dans bien des pays du monde la bourgeoisie nationale n’a pas réussi sa révolution : le développement du pays est soumis à la volonté des bailleurs de fonds et de la France, conséquence du colonialisme et des politiques néo-coloniales. Ceci, à l’époque de la mondialisation, a abouti, particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Ravalomanana en 2002, a une forme de spoliation spécifique, portant atteinte à la terre des ancêtres et amorçant la liquidation des commerçants locaux par des réseaux commerciaux asiatiques, tout en voyant l’impérialisme nord-américain grignoter les positions de la vieille puissance française. Avec l’éclatement de la crise économique mondiale, nous assistons à une explosion de la bourgeoisie nationale malgache elle-même, qui se manifeste dans un fait sans précédent, y compris dans sa dimension culturelle : un conflit déchirant le groupe dominant du pays, les Merina.

Le salariat est très minoritaire mais le peuple malgache, essentiellement composé de paysans, commerçants et fonctionnaires a de fortes traditions de luttes »

En 2002, c’est au nom cette fois de la "bonne gouvernance" que la bourgeoisie Merina, avec le soutien populaire, promotionne l’un des siens, le patron du plus puissant groupe agro-alimentaire du pays, Tiko, vainqueur d’élections présidentielles contestées et qui mit du temps à se faire reconnaître par la communauté internationale. L’union des Merina pour le changement social, mettre fin à la corruption, construire des infrastructures, projeter le pays dans le développement économique, fut rapidement trompée et niée par la réalité de la "bonne gouvernance" : libéralisme sauvage, montée des liens avec le capitalisme américain, les chrétiens démocrates allemands, les dirigeants de la Chine populaire et de la Corée du Sud (en janvier, le PC chinois a passé un accord avec Ravalomana pour l’imprimerie des cartes d’adhérents de son parti présidentiel ! ), adhésion et prosélytisme publics du président en faveur d’une église évangélique américaine, le tout au détriment à la fois des positions traditionnelles de la majorité de la bourgeoisie Merina et des anciens liens néocoloniaux avec la France. Finalement ce président PDG, menaçant les libertés individuelles, dévaluant la monnaie, promouvant sa propre entreprise (le Groupe Tiko), a poussé la population à l’exaspération complète. Le projet d’une vente massive de la terre des ancêtres au trust Daewoo a symbolisé cette politique et cristallisé les mécontentements.

C’est ce qui a conduit aux dernières municipales à la victoire contre toute attente du jeune Andry Rajoelina  contre le candidat présidentiel. Cette nouvelle donne en cache une autre, beaucoup plus profonde et de nature nouvelle : la division de la bourgeoisie Mérina, la couche dominante traditionnelle de Madagascar.

Aujourd’hui les partis politiques malgaches, tant ceux de la bourgeoisie qui n’a jamais vraiment eu d’expression politique directe, que ceux issus de l’histoire de la gauche, sont en lambeaux. Le grand mouvement actuel vit des traditions de lutte du peuple malgache, mais n’a pas de parti, pas d’organisation, pas de représentation politique. C’est très largement une vague spontanée, dirigée contre ceux qui sont perçus comme les voleurs au pouvoir.

On parle de vagues de pillages, mais ce sont des pillages trés ciblés, visant les pillards : les magasins du groupe Tiko, de l’entreprise du Président-Patron. Dans les quartiers de la capitale et des villes, des comités s’organisent, la population prend les affaires publiques en main et des groupes d’auto-défense se constituent contre les incursions de nervis ou de véritables pillards : c’est là un signe certain de l’ampleur et de la profondeur du mouvement, de son caractère révolutionnaire puisque les masses cherchent à prendre en main leur destin.

Mais, répétons-le, il n’y a pas à l’échelle du pays d’organisations politiques représentant ce mouvement. Andry Rajoelina, maire de la capitale, Tananarive, apparaît comme le "sauveur" ou est promu comme tel par les secteurs de la bourgeoisie Mérina qui s’estiment spoliés par la "bonne gouvernance" présidentielle. La tradition Arema dans l’armée penche et joue en sa faveur, Roland Ratsiraka , cousin de l’ancien président Didier Ratsiraka et ancien maire de Tamatave, est sorti de l’ombre, et par ailleurs les héritiers politiques des partis de gauche qui ont été au coeur des révolutions de 1972 et de 1991 se sont positionnés dans "le camp du maire", hormis le MFM. La jeunesse soutient en masse "Andry".

Dans les faits le pouvoir est vacant. Les fonctionnaires et même les ministres ne se rendent plus dans leurs ministères. Comme on le sait, le maire de Tana s’est proclamé en charge de la gestion du pays, assumant en quelque sorte la fonction de Président. Ravalomana en riposte a destitué le Maire, nommé de nouveaux chefs de fonkontany (quartiers) sur la communauté urbaine d’Antananarivo (ce qui a suscité en réaction la formation de comités de quartiers contre lui), mettant cette communauté par délégation spéciale sous le pouvoir d’un "président", Guy Randrianarisoa, alors que dans le même temps Andry Rajoelina intronisait Michèle Ratsivalaka, son adjointe, à sa place tout en appelant la population à désigner leurs chefs de fokontany dans les 196 qui composent l’agglomération. Et il a mis en place une "autorité de transition" qui, semble-t’il, se réunit (à la différence des ministères désertés) que préside Monja Roindefo, qui est le fils du vieux chef nationaliste du Monima, Monja Jaona, aujourd’hui décédé.

Le 7 février au palais présidentiel d’Ambotsirohitra, la manifestation "pour la mise en place d’une charte de transition pour une 4ème République" s’est terminée dans un bain de sang :

28 morts officiels,  

il semblerait plutôt une quarantaine de morts et plus de 300 blessées par balles, soignés avec une efficacité frappante car rare, due à la solidarité, les gens faisant la queue pour donner leur sang. C’est une garde prétorienne renforcée de mercenaires sud africains qui a tiré à balles réelles sans sommation sur la manifestation au moment précis où la délégation du maire, éconduite, rejoignait la foule.

Il n’y a pas d’issue légale : la constitution est verrouillée en faveur du Président, le jeune maire n’a pas l’âge légal pour être présidentiable, l’armée est divisée, pou témoin,  la démission de la ministre de la défense Manorohanta Cécile à la suite de la fusillade du 7 Février, d’Ambotsirohitra. Les chefs d’Etat africains soutiennent bruyamment Ravalomanana car ils craignent cet exemple. C’est le pouvoir qui a sollicité la médiation des églises, ce qui est déjà une forme de recul de sa part, d’une part parce qu’indirectement il semble accepter de discuter, d’autre part parce que les églises (catholique et protestante réformée) Mérina sont hostiles à ses accointances "évangéliques" et par là nord-américaines.

On commence à parler de transition pacifique ou de passation des pouvoirs, ce dont Marc Ravalomanana, fort du soutien de ses pairs africains, ne veut pas entendre parler. Tels sont les paramètres à considérer, et ce dont il est question aujourd’hui, c’est, sur fond de crise mondiale, une vraie révolution à Madagascar, qui n’aurait pas une portée seulement malgache ! »

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