Une Afrique Riche.

Avec 12% de cette richesse, l’Afrique pourrait financer des infrastructures du niveau Européen

 

  Les Afriques : Quelle principale leçon tirez-vous de vos investigations ?

David Beylard : Selon moi, les sociétés juniors minières que nous avons présentées n’apportent pas au Cameroun ce qu’un Etat est en droit d’attendre de partenaires auxquels il confie de tels potentiels de richesses, si stratégiques pour son développement économique.

  LA : Vous qualifiez ces sociétés de penny stock trading . Comment peut-on les détecter ?

DB : Le gendarme de la bourse américaine, la Securities And Exchange Commission, considère toute société qui émet des actions sur les marchés financiers dont le cours est inférieur à 5 $ comme un penny stock trading. Pour les repérer, il faut obtenir la liste des actions des sociétés qui sont cotées à moins de 5 $ sur les marchés boursiers internationaux.

 

LA : Pourquoi ces sociétés sont-elles généralement cotées au Canada et incorporées dans des paradis juridiques ?

DB : Les bourses canadiennes n’obligent pas les sociétés minières à prouver leurs réserves. Sur une simple concession délivrée par un gouvernement, elles peuvent émettre des titres et réaliser des plus-values confortables avant même d’investir un penny dans le pays qui leur a délivré ces concessions, et en échappant, de plus, à toute obligation fiscale, juridique, environnementale, sociale ou sanitaire.

« La valeur financière des gisements de matières premières du continent peut être estimée à 46 200 milliards $ ! Il suffirait de 12% de cette valeur totale pour doter tout le continent d’infrastructures du même niveau que celles des pays développés. »

En dix ans, près de 60% des sociétés minières mondiales se sont inscrites au Toronto Stock Exchange. En 2007, ce marché boursier comptait 1300 sociétés minières. C’est cinq fois plus que les bourses de New York, de Londres, de Johannesburg ou de Tokyo.

 

LA : Que proposez-vous aux gouvernements qui souhaitent mieux valoriser leur potentiel minier ?

DB : Nous leur proposons tout d’abord d’effectuer un inventaire complet et une évaluation de la valeur financière de leurs ressources minières. Nous pouvons également leur assurer une veille d’intelligence économique pour les informer sur les sociétés minières avec lesquelles ils sont en affaire ou en négociation. Nous pouvons surveiller ces sociétés en temps réel, 24h/24, pour que l’Etat sache à tous moments qui fait quoi, où, quand, comment, avec qui et avec quels moyens ?

L’intelligence économique est primordiale dans ce secteur. On ne peut plus, de nos jours, accorder, comme l’a fait le Cameroun, sans doute trop confiant envers l’ambassadeur américain qui les a conseillés (voir Les Afriques N° 70), un permis d’exploitation d’un des plus grands gisements d’uranium au monde à une société qui ne dispose même pas d’une adresse fixe, ni d’un personnel technique ou administratif !

 

LA : Et que peut faire le Cameroun dans la situation actuelle ?

DB : Selon moi, le Cameroun a déjà amorcé la bonne stratégie en créant le Douala Stock Exchange. C’est un outil formidable qui peut lui permettre de se prémunir contre les sociétés écrans, les penny stock trading et autres évasions fiscales. Pour cela, je conseillerais aux autorités camerounaises d’édicter une loi qui définit son secteur des matières premières comme un domaine d’activités stratégiques qui touche à sa sécurité nationale. Il pourra, sur cette base, exiger de tous les investisseurs étrangers qui souhaitent explorer ou exploiter les gisements camerounais de s’inscrire à la Bourse de Douala et d’y fournir toutes les informations nécessaires à un contrôle strict de leurs activités.

 

LA : Le cas du Cameroun, qui a confié l’essentiel de son secteur minier à des juniors minières, est-il plutôt une exception ou une règle générale ?

DB : Nous avons mis en place un tracker, un système de veille informationnelle qui suit en temps quasi réel les activités de toutes les sociétés qui opèrent sur les marchés africains des matières premières. Au jour d’aujourd’hui, nous recensons une cinquantaine de sociétés juniors minières qui sont actives dans 40 des 53 pays d’Afrique. La plupart d’entre elles agissent selon le même modèle d’affaires que leurs consoeurs au Cameroun.

 

LA : Le secteur minier africain est-il bradé ?

DB : Trop souvent, oui. L’Union africaine s’est inquiétée de la mainmise étrangère sur les terres arables africaines en concluant à la nécessité pour les pays du continent de « ne plus brader leurs terres par pans entiers aux pays, notamment asiatiques, qui cherchent à assurer leur sécurité alimentaire ». De la même manière, j’implore les pays africains de ne plus brader leurs gisements de matières premières stratégiques. Ils doivent cesser de conclure avec des juniors minières des accords léonins. Nous sommes à leur disposition pour leur apporter toutes nos informations et tout notre savoir-faire, pour contribuer, à notre modeste mesure, à faire émerger du sous-sol africain tous les moyens nécessaires au développement du continent.

 

LA : Selon vous, mieux valorisé, le sous-sol africain pourrait financer le développement de l’Afrique ?

DB : Largement ! Lorsqu’on dit que l’Afrique est riche, ce n’est pas un vain mot. Selon nos calculs, la valeur financière des gisements de matières premières du continent peut être estimée à 46 200 milliards $ ! Il suffirait de 12% de cette valeur totale pour doter tout le continent d’infrastructures du même niveau que celles des pays développés. Avec une telle richesse sous nos pieds, allons-nous encore longtemps nous comporter comme un continent pauvre ?

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